Gnocchis au lamier tacheté

Et si on mangeait du lamier…

Le lamier, c’est cette plante qui ressemble à s’y méprendre à l’ortie – mais sans piquer ! Il en existe du blanc, du pourpre, du jaune, du tacheté… et tous se mangent ! En effet, dès qu’ils commencent à fleurir, on se rend compte qu’il s’agit d’une plante bien différente de l’ortie.

Car, le lamier est une lamiacée. (Tiens, tiens, il aurait même donné son nom à toute la famille botanique !). Anciennement, les plantes de cette famille étaient appelées « labiées » en référence à leurs fleurs à deux lèvres. Il s’agit de la famille botanique dont font aussi partie la menthe, la sauge, le thym, la lavande, le lierre terrestre… Beaucoup de plantes aromatiques à haute teneur en huiles essentielles y appartiennent. Et sans grande surprise, les lamiers dégagent une odeur aromatique au froissement. Pas facile de décrire des odeurs … Celle du lamier est boisée et rappelle un peu le champignon. L’odeur du lamier jaune par contre est tellement forte qu’elle décourage certains à le cuisiner. Mais pour les autres, pas de problème. Le goût reste agréable et les feuilles font un excellent légume.

Je vous présente le lamier blanc

Pour bien être d’accord de « qui » on parle, je vais vous présenter, en tant que représentant de son genre, le lamier blanc, lamium album, aussi appelé ortie blanche. C’est une vivace de 20 à 80cm de hauteur qui est courante dans toute l’Europe sauf dans les régions méditerranéennes. Elle pousse souvent en colonies au bord des chemins, dans les décombres, au pieds des murs et des haies. La tige est rigide, velue, creuse et quadrangulaire. La tige carrée est effectivement une caractéristique que l’on retrouve très couramment dans cette famille.

Les feuilles sont opposées, pétiolées (le pétiole est la « tige » de la feuille) et velues. A la base de la plante, elles sont en forme de cœur et plus on monte sur la tige, plus les feuilles sont effilées et pointues. Toutes les feuilles par contre sont dentées ce qui fait que l’on peut facilement les confondre avec celles de l’ortie.

Lamier blanc - photo Andreas Rockstein
Lamier blanc – photo Andreas Rockstein

Fleurs en tube et tiges stolonifères

Les fleurs blanches sont composées de 5 pétales soudés qui forment un tube à deux lèvres. Elles ressemblent à une gueule ouverte. La lèvre supérieure du lamier blanc est poilue. Sa forme ressemble à un casque qui abrite les étamines avec leurs anthères noires. (L’anthère est la partie de l’étamine qui produit et renferme le pollen.) Les fleurs poussent par 5 à 8 en verticilles à l’aisselle des feuilles. « Verticillé » veut dire que les fleurs sont insérées en cercle au même niveau autour de la tige. « A l’aisselle des feuilles » veut dire que les fleurs poussent juste au-dessus de l’endroit d’où partent les feuilles sur la tige.

Les tiges du lamier forment des stolons, c’est-à-dire des tiges aériennes qui rampent au sol. Elles créent des petites racines qui s’enracinent dès qu’elles peuvent. C’est une forme de multiplication asexuée des végétaux. Si vous avez de la menthe dans votre jardin, vous avez sûrement déjà observé cette façon de « gagner du terrain ».

Plusieurs lamiers aux mêmes propriétés

Je vous liste ici les lamiers les plus courants en France :

  • Lamium album : Lamier blanc, « ortie blanche »
  • Lamium purpureum : Lamier pourpre (annuel, plus petit, feuilles toutes pétiolées et souvent moins profondément dentées, feuilles du haut pourpres et en triangle, fleurs roses, plus petites que celles du lamier blanc)
Lamier pourpre
Lamier pourpre
  • Lamium maculatum : Lamier tacheté (de taille proche du lamier blanc, grandes fleurs roses tachées de pourpre)
Lamier tacheté
Lamier tacheté
  • Lamium galeobdolon : Lamier jaune (taille proche du lamier blanc, feuilles plus étroites, vert foncé et luisantes, pousse en forêt)
Lamier jaune - photo Daniel
Lamier jaune – photo Daniel
  • Lamium amplexicaule : Lamier amplexicaule (annuel, feuilles arrondies, à dents obtuses, les feuilles du haut sessiles, c’est-à-dire sans pétiole, et embrassantes, fleurs roses, plus fines, en verticilles à l’aisselle des feuilles supérieures = la plante se termine par des fleurs)
Lamier amplexicaule - photo Andreas Rockstein
Lamier amplexicaule – photo Andreas Rockstein

Lamia, l’ogresse dévoreuse d’enfants

Dans la mythologie grecque, Lamia est une jeune fille qui se fait enfanter par Zeus. Héra, la femme de Zeus, jalouse, fait tuer le bébé de Lamia. Cette dernière, inconsolable, se met à envier toutes les mères heureuses du monde et se transforme en ogresse dévorant les enfants. Une horrible histoire… Est-ce la bouche béante des fleurs du lamier qui aurait fait penser à celle de l’ogresse, pour donner le nom à la plante ?

Des fleurs mellifères

En tout cas, ces grandes gueules de fleurs sont très appréciées par les insectes pollinisateurs qui trouvent, au fond de la corolle, un bon nectar au goût de miel. Par contre, celui-ci n’est accessible que si les petites bêtes arrivent à franchir l’anneau de poils qui se situe à la base du tube de la fleur. Il paraît que les abeilles doivent attendre qu’un bourdon ait percé cet anneau avant d’y avoir accès. Personnellement, j’aime aussi ce petit goût de miel ! Les fleurs de lamier sont un véritable bonbon à déguster en balade.

De multiples bienfaits

Les lamiers sont connus pour être astringents, anti-inflammatoires, dépuratifs, expectorants, hémostatiques et vulnéraires. Certains le conseillent comme expectorant en cas d’angine et de bronchite. D’autres l’utilisent contre la gastro-entérite, la fièvre et la goutte ou encore en préparent des cataplasmes pour soigner enflures, démangeaisons, bosses et varices. J’ai aussi lu que le lamier protège les muqueuses et stimule la digestion. Par contre, ce que j’ai toujours entendu depuis que je m’intéresse aux plantes et que j’ai découvert le lamier c’est qu’il a une action particulière sur l’utérus : Il aide à soigner les pertes blanches (leucorrhée) et à diminuer les règles trop abondantes (métrorragie). Il aiderait aussi à uriner lors de problèmes de prostate ou de cystite.

Les constituants du lamier

Les lamiers contiennent plein de bonnes choses. Il y a les macronutriments : glucides et protéines complètes (oui, oui, il y a des protéines dans les plantes sauvages et parfois en quantité étonnante, voir mon article sur l’ortie). Il y a aussi les micro-nutriments = les minéraux et oligo-éléments dont on a besoin tous les jours. Dans le lamier on trouve du potassium, du phosphore, du calcium, du magnésium, du zinc, du cuivre, du soufre… Puis il y a les mucilages et saponines avec leur effet émollient et adoucissant ainsi que les tanins qui ont un effet astringent. Et enfin l’huile essentielle dont je serais bien curieuse d’apprendre l’action spécifique…

Autant vous dire qu’il serait dommage de se priver d’un plat de lamier par ci et par là. Car si on peut profiter de ses bienfaits en buvant des infusions préparées avec les sommités fleuries (c’est-à-dire la plante en fleur, comprenant fleurs, feuilles et tige, que l’on peut faire sécher ou utiliser fraîche) il va sans dire qu’en salade, soupe ou quiche, le lamier a les mêmes propriétés !

Le lamier en cuisine

Les feuilles

Les jeunes feuilles qui poussent au printemps, mais que l’on peut également trouver en automne ou en fin d’hiver, sont excellentes en salade. C’est une salade assez aromatique qui gagne à être mélangée à des feuilles plus neutres comme la laitue cultivée. Une salade de pommes de terre au lamier cru est très agréable. Vous pouvez préparer des pistous de lamier, le hacher et l’incorporer dans des fromages blancs ou beurres aux herbes.

Cuites, les feuilles de lamier peuvent servir comme des épinards en légume, en soupe, en farce, en quiche, en gratin… Je cueille le lamier comme l’ortie en prélevant sur la plante uniquement les pointes qui peuvent être utilisées telles quelles. Pas besoin de séparer les feuilles des tiges qui sont tendres au sommet de la plante. Si vous procédez ainsi à la période de floraison, vous cueillez en même temps feuilles et fleurs, et c’est tant mieux.

Les fleurs

Les fleurs peuvent vous servir pour décorer les plats ou alors vous les utilisez tout simplement mélangées aux feuilles. Si vous avez la patience, vous pouvez récolter un bol entier de fleurs de lamier et en confectionner un dessert. Je ne l’ai pas encore expérimenté mais j’imagine que ça doit faire de bons résultats. Un beurre aux fleurs roses de lamier pourpre, lamier tacheté ou lamier amplexicaule est sûrement une bonne idée colorée si vous voulez épater vos convives.

Les racines et les graines

Les racines qui naissent sur les tiges rampantes se grignotent crues ou se mangent en salade ou en soupe. Et les graines, ramassées en automne, peuvent être mises à germer l’hiver comme l’alfalfa, les graines de radis ou de cresson que l’on fait pousser dans les germoirs.

Chez moi en bord de Loire, je trouve principalement du lamier pourpre et du lamier tacheté. Le lamier blanc est plus rare ici mais c’est celui que je rencontrais le plus souvent en Auvergne. Pour réaliser ma recette, j’ai cueilli du lamier tacheté qui pousse en lisière de forêt juste à côté de chez moi.

Gnocchis au lamier tacheté

Ingrédients pour 4 personnes

Ingrédients

  • 600g de pommes de terre
  • 100g de feuilles de lamier
  • 300g de farine
  • 1 gousse d’ail
  • Huile d’olive
  • Sel, poivre

Préparation

Couper les pommes de terre en cubes et les faire cuire à la vapeur douce.

Cubes de pommes de terre

 

 

 

 

 

 

 

Dans une casserole, chauffer 2 cuillerées d’huile d’olive, mettre les feuilles de lamier et la gousse d’ail hachée. Couvrir et faire « tomber » le lamier comme des épinards. (C’est-à-dire cuire 3 à 4 minutes, le temps que les feuilles de lamier réduisent en volume).

Faire tomber le lamier avec l'ail

Hacher au couteau les feuilles cuites.

Feuilles cuites hachées

Dans un saladier, écraser les pommes de terre à l’aide d’une fourchette. Incorporer le lamier haché, sel et poivre.

Ajouter la farine petit à petit et l’incorporer entièrement.

Pâte à gnocchi

Sur un plan de travail fariné, former des boudins de pâte de 1 à 1,5 cm d’épaisseur.

Boudins de pâte à gnocchi

Couper en morceaux de 2,5 cm et écraser à la fourchette.

Gnocchis avant cuisson

Mettre à ébullition une gamelle d’eau chaude. Plonger les gnocchis. Quand ils remontent à la surface, ils sont cuits.

Gnocchis au lamier tacheté

Servir avec une sauce au fromage frais ou du parmesan.

Variante

J’ai également expérimenté la cuisson à la poêle. Mon équipe de gourmands a beaucoup apprécié le résultat qui, par contre, nécessite l’emploi de pas mal d’huile.

Gnocchis au lamier poêlés

Personnellement, j’ai aimé les deux. Le goût du lamier ressort plus dans la version cuite à l’eau.

Cette recette vous inspire ? Elle demande un peu de temps mais reste simple. S’il vous reste des pommes de terre cuites de la veille, c’est une idée de réemploi. Bien sûr, la recette est adaptable à un tas d’autres plantes. Faites avec votre cueillette du jour !

Quelle sorte de lamier avez-vous repéré autour de chez vous ? Je serai ravie de l’apprendre dans vos commentaires.

A la semaine prochaine pour découvrir une autre plante et expérimenter une nouvelle recette.

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3 thoughts on “Et si on mangeait du lamier…

  1. Grand merci pour chaque nouvelle découverte de plantes, très belle mise en page très bonnes photos et recettes faciles , et magnifique communion avec la nature. Bravo Nathalie.

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