Pissenlit en fleur en novembre

Le pissenlit – légume sauvage disponible toute l’année

Quand on parle de salade sauvage, on pense d’abord à la salade de pissenlit. Tout le monde sait reconnaître ses feuilles découpées et se réjouit des premières fleurs jaune soleil qui annoncent le printemps. Mais saviez-vous qu’il n’y a pas qu’au printemps que l’on peut manger du pissenlit ? Qu’il n’y a pas que les feuilles que l’on peut manger ? Et que les feuilles ne se mangent pas qu’en salade ?

 

Allons voir le pissenlit de plus près…

Le pissenlit, Taraxacum officinale, est une plante très commune en Europe. En fait, il ne s’agit pas d’une seule espèce distincte mais d’un ensemble de nombreuses espèces (Il y en aurait en tout environ 1200 !) regroupées par les botanistes dans différentes sections. Pour le pissenlit le plus commun dont je vous parle ici, c’est la section Ruderalia du genre Taraxacum.

Rosette

Ses feuilles peuvent se présenter sous des aspects variables mais elles sont généralement découpées en lobes triangulaires très aigues qui ont donné à cette plante son nom “dent de lion”. Elles sont glabres (sans poils), regroupées en rosette et contiennent un latex blanc. (Une espèce particulièrement riche en latex aurait même été cultivée en Russie pendant la deuxième guerre mondiale pour produire du caoutchouc dont on fabriquait des pneus !)

Au centre de la rosette de feuilles se forme un grand bouton floral rond recouvert de bractées vertes qui s’allongent autour de lui. La tige est creuse et elle n’est pas ramifiée. Ceci est une caractéristique importante qui permet de distinguer le pissenlit de nombreuses autres espèces qui comme lui renferment du latex et ont des feuilles découpées ou dentées en rosette, mais qui ont souvent la tige ramifiée. Si on venait à se tromper malgré tout ça ne serait pas une erreur fatale parce que les espèces ressemblant au pissenlit ne sont ni toxiques ni menacées d’extinction.

Mais bon, je vous recommande d’être sûrs de ce que vous mangez. Quand vous voyez la fleur caractéristique au bout de sa tige creuse, vous êtes fixés !

Une fleur composée

Le pissenlit fait partie de la grande famille des astéracées qui comprend entre autres la marguerite, les asters, l’arnica, les chardons et les laitues. Les membres de cette famille ont une inflorescence, appelée capitule, composée de nombreuses fleurs. On parlait avant de la famille des composées. En fait, si vous cherchez à offrir un bouquet de fleurs, cueillez un pissenlit, c’est un bouquet de fleurs à lui tout seul !

Fleurs de pissenlit en novembreFleurs de pissenlit en novembre

A première vue, j’en conviens, on dirait une fleur avec plein plein de petits pétales jaunes. Mais quand on tire sur un “pétale” on s’aperçoit que tout un appareil reproducteur minuscule vient avec. Il s’agit d’une fleur entière, appelée fleur ligulée (à languette). Le pissenlit ne contient que des fleurs ligulées. D’autres astéracées comme la marguerite ou la pâquerette ont des fleurs ligulées sur le pourtour et des fleurs tubulées (en tube) au centre. Encore d’autres comme la tanaisie n’ont que des fleurs tubulées.

Un petit détail pour parfaire la description, que vous pourrez vérifier la prochaine fois que vous regarderez de près un pissenlit en fleur : les fleurs extérieures ont souvent des rayures brunâtres en dessous. Et à la base du capitule, en dessous des fleurs, vous trouvez une collerette de folioles vertes plus ou moins recourbées. C’est ce que l’on appelle l’involucre de bractées. Ces mêmes bractées qui recouvraient le bouton floral un peu plus tôt.

La floraison du pissenlit s’étend d’avril à septembre, mais même en hiver, quand il ne fait pas trop froid, on peut voir un pissenlit fleurir ça et là. Les fleurs s’ouvrent le matin et se referment dans l’après-midi. Une fois défleuries, la tige se courbe et, discrètement penchés vers le sol, les fruits préparent leur heure. C’est pour les disperser que la tige se relève de nouveau.

Des fruits volatiles

Un beau matin on on observe alors se déployer une magnifique sphère d’une légèreté incroyable, composée des fruits du pissenlits. Un souffle et une équipée de petits parachutes se met en mouvement avec le vent…

Pusteblume“Pusteblume”, photo Tabbo107

Je suis étonnée de ne pas trouver de mot spécifique en français pour cette boule de fruits aérée. En allemand, on l’appelle la Pusteblume (la “fleur que l‘on souffle”), terme connu de tous les enfants qui jouent à faire décoller tous les parachutes en un seul souffle.  Vous voulez savoir dans combien d’années vous vous marierez ? Soufflez trois fois et comptez le nombre de graines qui restent !

Il s’agit en fait d’un capitule composé de petits akènes allongés (comprenant la graine) surmontés d’une aigrette soyeuse.Mais ce n’est pas que par les graines dispersées avec le vent que le pissenlit se reproduit. Il s’agit d’une plante vivace, à racine charnue et pivotante qui se multiplie aussi par des bourgeons se trouvant sur la racine et la partie souterraine de la tige.

Une plante bio-indicatrice

Saviez vous qu’aucune plante sauvage ne pousse par hasard à l’endroit où elle s’installe ? Le sol (tant qu’il n’est pas réduit à un simple substrat à force de traitement aux pesticides et engrais chimiques) est une incroyable et phénoménale banque de graines. Il en contient de toutes sortes qui dorment tranquillement attendant leur heure. Dès que les conditions de vie pour une certaine plante sont réunies (en terme de température, hygrométrie, ph, composition et structure du sol, présence ou non de certaines substances etc.), la graine de cette espèce va se mettre à germer. On parle de levée de dormance.

C’est pour cela que dans des sols argileux et riches on va trouver certaines plantes, dans des sols rocheux, calcaires et secs, on va en trouver d’autres. Certains chercheurs se sont spécialisés sur l’étude poussée des sols et l’observation des plantes qui poussent selon les différents types de sols. Ils ont constaté qu’en observant les espèces qui poussent à un endroit donné ont peut tirer des conclusions sur l’état du sol. On parle de plantes bio-indicatrices. C’est passionnant.

Prenez par exemple une prairie. La présence de pissenlits indique une prairie plutôt riche. En présence d’une multitude d’autres plantes, c’est plutôt un bonne chose. Mais quand vous voyez au printemps une prairie remplie de part et d’autre de pissenlits qui laissent à peine la place à d’autres plantes, il faut se méfier. Même si cette mer de fleurs jaunes est belle à regarder… C’est qu’il y a des chances que le sol soit engorgé de matière organique animale, souvent dû aux excès d’épandage de fumier ou de lisier. Et qu’en plus qu’il soit compacté par le passage des engins agricoles.

Magie de la nature

Malheureusement, ceci empêche les micro-organismes du sol de travailler correctement, notamment en les privant d’air ce qui ne leur permet plus de transformer la matière organique. Mais saviez-vous que les plantes sont en même temps des remèdes pour le sol ? Et bien oui : devant notre prairie remplie à bloc de pissenlits, on peut être triste au regard du déséquilibre du sol. Mais en même temps on peut se réjouir car la solution, le remède est là, il brille sous nos yeux : le pissenlit ! Avec ses racines pivotantes il va s’enfoncer dans le sol compact et va l’aider à se décompacter et à s’aérer. Et grâce à sa gourmandise il va largement se nourrir et désengorger le sol. Il est symptôme et remède à la fois… C’est magique, non ?…

Par contre, pour que ça marche, il faut laisser faire la nature. Si on continue à apporter de la matière organique en excès et à compacter le sol, le pissenlit fera son possible, mais il ne pourra pas empêcher de plus graves déséquilibres du sol. C’est comme pour nous… On peut faire des cures de tisanes de racines de pissenlit pour nettoyer notre foie à répétition – si on continue à boire de l’alcool et manger de mauvaises graisses en excès, on aura du mal à le garder en bonne santé…!

Le pissenlit qui soigne

Venons-en alors aux vertus qui concernent nos petits maux à nous, les humains. J’ai cité la capacité du pissenlit de désengorger le foie en stimulant les fonction hépatiques. La racine est cholagogue, c’est à dire qu’elle facilite l’évacuation de la bile depuis la vésicule biliaire vers l’intestin. Elle régularise également le transit intestinal et est recommandée en cas de constipation. Il faut supporter la petite amertume de la tisane de racine de pissenlit. Mais souvent amertume et remède pour le foie vont de pair.

La plante entière est dépurative. Une cure de salade de pissenlit (ou de jus extrait des feuilles) apporte de la vitamine C en quantité et nettoie l’organisme par la même occasion.

Mais la propriété médicinale la plus connue est celle qu’indique son nom : Piss-en-lit… On lui reconnait une forte action diurétique, c’est à dire qu’il augmente la sécrétion urinaire. Il aide également à nettoyer en cas d’affections rhumatismales et arthritiques et à soigner les cas de calculs biliaire.

Tout se mange dans le pissenlit

Tout cela ne promet que du bon pour celui ou celle qui décide d’inclure le pissenlit dans sa cuisine ! Et il y a de quoi faire : dans le pissenlit on peut presque tout manger.

Bien-sûr, les feuilles, j’en parlais dès l’introduction. Plus on les cueille tôt au printemps, plus elles sont tendres et peu amères. Mais même plus tard dans la saison, rien ne vous empêche de cueillir juste les feuilles au centre de la rosette et laisser les autres, plus vieilles et coriaces, sur place. Et même en automne vous pouvez vous faire de délicieuses salades de pissenlit ! Souvent, avec les pluies d’automne, vous avez d’abondantes repousses de nombreuses plantes et j’ai, en novembre, fait de jolies cueillettes de pissenlit, tendres comme au printemps. Une petite cure avant l’hiver ça ne peut faire que du bien !

Salade de pissenlit

Pour masquer l’amertume du pissenlit, j’aime incorporer des oeufs durs à ma salade. Ma dernière composition contenait :

  • un saladier de feuilles de pissenlit
  • un  oeuf dur par personne
  • quelques châtaignes cuites à la vapeur et épluchées
  • 5-6 noix par personne
  • de l’oignon rouge
  • et une vinaigrette à base d’huile de colza première pression à froid

Salade de pissenlit

Pour décorer j’ai utilisé quelques fleurs de dahlia, comestibles bien-sûr.

Attention par contre, si vous utilisez le pissenlit cru, à l’endroit où vous le récoltez. Ne le cueillez pas au milieu d’un pré où broutent, ou ont récemment brouté, des vaches ou des moutons, ou au bord de l’eau qui passe dans un pré où ils se trouvent. Il existe un risque de contamination de la douve du foie, un parasite dont je parlerai plus en détail dans un prochain article. Par contre ce risque disparaît si vous faites cuire votre cueillette. Ceci est valable pour toutes les plantes.

Feuilles cuites, boutons et fleurs

Et voilà :  vous pouvez également faire cuire les feuilles de pissenlit. Faire revenir les feuilles grossièrement hachées avec des oignons dans un peu d’huile d’olive et servir avec une viande ou une omelette par exemple. Les ajouter à la soupe. Ou ficeler les feuilles ensemble et les utiliser comme des endives… Osez, expérimentez !

Mais on ne s’arrête pas aux feuilles, il y a plein d’autres choses à manger dans le pissenlit ! Personnellement, j’adore les boutons floraux. Revenus doucement à la poêle c’est un régal ! On peut également les ajouter aux salades ou les conserver au vinaigre comme des câpres.

On pourrait même manger les tiges florales du pissenlit, après les avoir fait dégorger dans de l’eau ou du sel. Cela permet d’en retirer le latex amer.

Les fleurs font une jolie décoration des plats et se transforment en une confiture, la cramaillotte, aussi appelée “miel de pissenlit”, parce qu’elle en a la couleur et la consistance.

Les racines

Pissenlit et sa racinePissenlit et sa racine

Ce qui m’a particulièrement intéressé à cette saison automnale ce sont les racines. Nous sommes au meilleur moment pour les récolter parce que la plante n’est pas en train de nourrir la fleur et de lui donner toute sa force. Pour les déterrer, je me suis munie d’une petite pelle mais une grande aurait fait l’affaire aussi, parce que les racines peuvent être ancrées profondément dans le sol. J’apporte aussi un canif lors de mes cueillettes. Je fais toujours en sorte de nettoyer au maximum les plantes sur le terrain. Cela m’évite d’en mettre de partout dans la cuisine. J’enlève alors les petites mottes de terre, les feuilles mortes et fanées et les endroits abîmés.

Voici la recette que j’ai préparée à partir de ma récolte :

Racines de pissenlit sautées sur un lit de blettes

Ingrédients pour 2 personnes :

  • 8 à 10 belles racines de pissenlit
  • 400g de feuilles de blettes
  • 1 grande échalote
  • huile d’olive
  • 3 cuillerées à soupe de tamari (sauce soja)
  • 2 fleurs de pissenlit (si disponible) pour décorer

Nettoyer les feuilles de blettes avec leurs cardes. Les hacher grossièrement et les faire revenir dans une casserole à fond épais avec un peu d’huile d’olive. Baisser le feu au minimum, couvrir et continuer la cuisson à l’étouffée pendant 5 minutes. Saler.

Racines de pissenlit

Couper les bouts de racines de pissenlit trop minces et nettoyer la racine centrale et les racines assez épaisses à l’aide d’une brosse ou en frottant avec le couteau. Bien les laver.

Rondelles de racines

Couper en rondelles. Hacher l’échalote.

Racines sautées

Faire revenir les rondelles de racines de pissenlit à la poêle avec de l’huile d’olive en les remuant régulièrement. Après 3 à 4 minutes, ajouter les échalotes. Au bout de 5 à 8 minutes, déglacer à la sauce soja.

Racines de pissenlits sautées sur lit de blettes

Dresser les blettes au milieu d’une assiette. Répartir les racines de pissenlit sautées dessus. Décorer d’une fleur et dégustez.

J’ai beaucoup aimé cette association entre blettes et racines de pissenlit. L’amertume des racines était encore présente mais couverte par la sauce soja et la douceur des blettes amenait le pendant idéal pour une belle harmonie.

L’inuline des racines

Par contre, si vous avez du mal à digérer les topinambours, attention aux racines de pissenlit. Elles contiennent, comme les tubercules de topinambour, les racines de bardane et de chicorée, de l’inuline, un sucre utilisé par les plantes comme moyen de stockage d’énergie. À la différence de l’amidon, l’inuline n’est pas digestible par les enzymes de l’intestin humain. Une fois arrivée dans le colon, intacte, elle stimule le développement des bactéries et de la flore intestinale ce qui est une bonne chose (elle est considérée comme prébiotique). Ce qui est embêtant par contre, c’est que la transformation de l’inuline par la flore intestinale libère des quantités importantes de gaz… Mais il paraît que l’organisme s’accommode si on l’habitue petit à petit à la consommation d’inuline.

Le fait que l’inuline ne soit pas transformée en monosaccharides par l’appareil intestinal la rend intéressante dans le traitement du diabète où elle est employée pour réduire la glycémie d’après-repas.

Succédané de café

A part ça, les racines de pissenlit sont aussi utilisées en succédanée de café. J’ai déjà vu figurer le pissenlit dans la liste d’ingrédients de “café de céréales” proposées en magasin bio. Pour le préparer soi-même il faudrait sécher les racines et les griller. Je vais essayer un de ces jours, même si je suis plus infusion que café.

On pourrait parler des heures encore de cette plante tellement présente proche de nous, et malheureusement absente du quotidien de la plupart d’entre nous…

Dites-moi, dans les commentaires, quelle est votre expérience avec le pissenlit. Avez-vous un nom pour sa boule de graines aux parachutes ? Avez-vous déjà bu un “café” au pissenlit ? Ou préparé une confiture de fleurs ? Quelle est votre recette préférée de salade de pissenlit ? Je serai ravie de vous lire.

Merci de m’avoir accompagnée jusqu’ici Smile et à la semaine prochaine pour une nouvelle découverte sauvage !

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