Riz au mouron des oiseaux

Mouron des oiseaux – Mauvaise herbe ou ingrédient des chefs ?

Il y a quelques jours encore j’entendais un voisin se plaindre du mouron des oiseaux qui envahissait son potager. Il est vrai que quand il est parti, le mouron forme vite de beaux et larges tapis. Mais tant mieux ! Même pas besoin de semer ni repiquer… la salade pousse toute seule ! En décoration sur les assiettes, cru en salade ou cuit en légume, le mouron s’accommode de diverses façons. Au point que des grands chefs achètent depuis peu cette délicate plante une petite fortune pour en garnir leurs assiettes. Savez-vous que sa présence spontanée indique un sol équilibré ? Tant de raisons pour vous réjouir si vous voyez le mouron des oiseaux s’inviter dans votre jardin.

Stellaria media - mouron des oiseauxMouron des oiseaux – Stellaria media – Photo Harry Rose

Le mouron des oiseaux, Stellaria media, a de nombreux noms : Mouron blanc, Stellaire, Morgeline, herbe à l’oiseau. Mouron blanc pour le différencier du mouron rouge ou bleu avec lequel on peut le confondre avant la floraison. Stellaire parce que sa fleur ressemble à une étoile. Et Morgeline qui vient de “mordre” et “géline” = poule, les animaux à plumes étant très friands de cette plante, notamment de ses fruits.

Présent en toute saison

Je trouve ça très curieux : le mouron des oiseaux est décrit comme annuelle, bisannuelle ou vivace, selon les livres. En gros, il fait ce qu’il veut, il reste le temps qu’il a envie et repart… On dit de lui aussi qu’il peut refaire de nouvelles pousses à partir de la même plante 5 fois par an ! Il peut couvrir le sol en un laps de temps très court d’un épais tapis vert tendre. Il apparaît quand le temps est frais et humide. Mais quand il fait trop sec et chaud, il sèche comme une peau de chagrin en filaments jaunes et disparaît. Pour revenir joyeusement après les prochaines pluies…

Les tiges molles et cylindriques s’étalent sur le sol pour se répandre puis se dressent. Comme plusieurs plantes de la famille des caryophyllacées, (dont font partie également les œillets, les silènes et les saponaires), la tige a des nœuds renflés. Entre chaque nœud, on peut voir une ligne de poils blanchâtres qui change de point de départ à chaque nœud.

Les feuilles sont opposées, entières, ovales, se terminant en pointe. Les feuilles du bas sont longuement pétiolées, celles du haut presque sessiles (= à pétiole très court). L’ensemble de la plante donne une impression d’élégance, de douceur et de joie, en toute modestie.

Distinguer le mouron des oiseaux du mouron rouge

Avant la floraison on peut facilement confondre le mouron blanc avec le mouron rouge, qui pourtant ne fait pas partie de la même famille botanique, le mouron rouge (Anagallis arvensis) étant une primulacée. Une confusion ne serait pas mortelle mais pas pour autant sans conséquences. Le mouron rouge contient de grandes quantités de saponines à effet destructeur des globules rouges et est donc toxique.

Alors comment faire pour ne pas les confondre ? Il faut regarder de prêt la tige : celle du mouron rouge est anguleuse et démunie de poils. Et le revers des feuilles est couvert de points brunâtres. Une fois que les fleurs apparaissent, il n’y a plus de doute : Celles du mouron blanc sont blanches tandis que celles du mouron rouge sont rouges – ou bleues dans le cas du mouron bleu, une espèce très proche du mouron rouge

Je me rappelle, enfant, avoir pris soin le temps d’un été en vacances d’une famille de lapins. Avec ma sœur, on se faisait un plaisir de ramasser des herbes pour les donner à nos petites bêtes chéries. Par contre leur propriétaire nous avait bien mis en garde de ne pas cueillir le mouron rouge, qui rôdait dans les parages – quelques grammes pouvant leur causer la mort…

Des fleurs en étoile

Mais regardons encore un instant les fleurs en étoile de notre gracile stellaire. Le mouron blanc a des petites fleurs blanches de 8 à 10 mm de diamètre à 5 pétales tellement échancrés que l’on dirait qu’il y en a 10. Juste en dessous des pétales, il y a une collerette de 5 sépales vertes et pointues. Les pétales ne dépassent jamais la longueur des sépales. Le tout, quand on prend le temps de regarder, est de toute beauté.

Fleur stellaria mediaFleur du mouron blanc – photo Dan Mullen

Les fruits sont des capsules ovoïdes contenant plusieurs graines. Alors qu’au moment de la floraison les pédoncules avec les fleurs au bout, se dressent vers le haut, ils pointent vers le bas lors de la fructification. C’est de ces petites capsules que les oiseaux raffolent. D’ailleurs le mouron des oiseaux était vendu sur les marchés comme nourriture pour les poules.

Dans mon dernier article sur le pissenlit, je vous avais déjà parlé des plantes comme bio-indicateurs de la qualité du sol. La présence abondante d’une plante à un endroit donné indique si le sol est compacté, s’il est acidifié, si il manque d’oxygène etc… De rares plantes indiquent un sol équilibré. Le mouron des oiseaux en est une ! Autant se réjouir quand on en a dans son jardin.

Des vertus multiples

Le phytothérapeute bavarois Kneipp a beaucoup vanté le mouron des oiseaux comme calmant des irritations des voies respiratoires, il est traditionnellement employé contre la toux, l’asthme et la pneumonie. La plante est connue pour être tonifiante, diurétique et légèrement laxative. En usage externe elle est utilisée pour soigner des petites blessures, écorchures, brûlures et éruptions cutanées.

Une petite mine, pas d’or mais de vitalité, se cache dans le mouron blanc. Il contient deux fois plus de calcium que la laitue, trois fois plus de potassium et de magnésium, sept fois plus de fer, deux fois plus de vitamines A et C ainsi que les vitamines B1, B2 et B3 et du sélénium. (Source : S.G. Fleischhauer, J. Guthmann & R. Spiegelberger, Plantes sauvages comestibles)

Alors je ne vois pas de raison pour s’en priver !

Utilisations culinaires diverses du mouron des oiseaux

Toute la plante (tiges, feuilles, fleurs et fruits) est comestible. Comme elle pousse et repousse toute l’année, on peut s’en servir à n’importe quelle saison tant qu’il ne fait pas trop chaud ou qu’il ne gèle pas. Dégustée crue, elle a un goût doux de maïs cru, de noisette ou de petit pois cru. Elle ne contient aucune amertume ce qui la rend intéressante même pour les palais les plus délicats.On peut donc s’en servir comme base pour des salades.

Que vous vouliez vous en servir comme telle ou en légume, je vous conseille, une fois la plante lavée, de la hacher grossièrement de sorte que les tiges forment des tronçons de pas plus de 2 centimètres. Si vous avez déjà pris une tige de mouron des oiseaux entre vos deux mains, et que vous avez tiré, vous avez pu constater que l’extérieur de la tige se casse mais qu’il reste, au centre, un fil élastique. C’est pour couper ce fil que je conseille de couper la plante. Cela la rend plus agréable à croquer et vous ne vous retrouvez pas avec de longs fils dans votre soupe.

Sinon vous pouvez vous en servir comme des épinards : juste “tombée” à l’étouffée,  en quiche, en farce dans des chaussons, dans des feuilles de brick au chèvre ou au poisson ou dans du pain, en soupe, en poêlée avec d’autres légumes…

Personnellement, le mouron m’a inspiré la recette suivante.

Riz aux carottes et au mouron des oiseaux

Ingrédients

  • 1 grand bol de mouron des oiseaux
  • 4 carottes
  • 1 oignon
  • 100g de riz (ou un bol de riz cuit)
  • huile d’olive
  • sel, poivre

Ingrédients

 

Laver et hacher grossièrement le mouron. Hacher l’oignon, couper les carottes en petits cubes.

Légumes hachés

Cuire le riz.

Faire revenir les oignons et les carottes dans de l’huile d’olive dans une casserole à fond épais. Après 5 minutes de cuisson, ajouter le mouron, couvrir et baisser le feu.

Continuer la cuisson 5 minutes à feu très doux.

Légumes cuits

Ajouter le riz. Saler, poivrer.

Dresser dans l’assiette à l’aide d’un cercle , décorer d’un brin de mouron.

Riz au mouron

C’est une poêlée de riz très douce qui peut accompagner de nombreux plats. Une recette simple aux ingrédients que l’on a souvent sous la main, de quoi étonner des invités imprévus en quelques tours de main.

Cet article vous a plu ? J’espère qu’il pourra vous être utile. J’ai eu plaisir de vous parler de cette petite plante discrète. Dites-moi en commentaire si vous voyez le mouron des oiseaux d’un autre œil maintenant. Allez-vous toujours le mettre au compost après l’avoir arraché de votre potager ?

A la semaine prochaine pour découvrir une nouvelle plante et une nouvelle recette !

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